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Charles/Jauniaux/Mariage - L'amour

Guy Sitruk, Jazz à Paris

 

Trois improvisateurs rendent hommage au roman de Marguerite Duras, L’amour. On trouvera sur le site de l’auteure une présentation dudit roman. Une invitation à le relire ou à vous le procurer.

Mais ici, il ne s’agit que de courts extraits sertis dans la musique du trio. Inutile donc de chercher un fil narratif, lui-même éclaté dans le livre. Le choix de ces extraits fait d’ailleurs partie du projet musical en y projetant des instants étranges où chacun des personnages est comme posé là, sans intériorité, sans passé ni devenir, un moment suspendu. 

La diction de Catherine Jauniaux participe à cette « chosification » des protagonistes, du chien, de la plage, une sorte d’écho à certaines toiles de Giorgio De Chirico (à chacun ses fantômes). L’onirisme est là, puissamment projeté par la voix de la chanteuse. Nous sommes alors saisis lorsque cette voix change de registre, quitte les mots et va fouiller les cordes vocales au risque de les rompre. Des feulements, des souffles, des pépiements, des craquements, des grincements, des trilles, des babillages, tout un éventail de vibrations qui viennent se mêler aux créations surprenantes des deux autres protagonistes, s’y fondre parfois dans une alchimie imprévisible. 

La clarinette de Xavier Charles participe à cette cinématographie immobile, à ces temps suspendus par des répétitions, par des quasi drones de notes tenues aux textures mouvantes, mêlées de souffles, par des rafales de micro-percussions, par un vocabulaire très étendu mis au service de cette scénographie, de ces moments où notre sensibilité tangue, chavire. 

Une corde qui vibre, longuement, pour initier, ponctuer le début de l’album. Jean-Sébastien Mariage annonce d’emblée son propos, se mettre en résonance avec les extraits du roman, avec le parti pris de « chosification », où l’absence d’affect des personnages vient exciter notre sensibilité. La guitare est sollicitée hors de tout usage académique, invitant parfois l’électronique aux frontières de caresses de cymbales ou de voix doucement métalliques. Il s’agit d’extraire de la guitare, de distiller des essences émotionnelles délicates. 

Notons que les encres de la pochette sont de Catherine Jauniaux, décidément partout.

Bien des talents sont réunis pour ce moment délicat aux saveurs multiples : les trois musiciens, la romancière, ceux qui ont rendu les choses possible … et votre imaginaire. La magie n’est là qu’avec vous, qu’avec votre écoute. Il vous faut mériter cette musique, ces mots, ces images. Il y va de ces instants de plaisir intense que certains savent vous offrir, en particulier ce trio.