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Ducret/Léandre - Chez Hélène

Xavier Prévost, Les Dernières Nouvelles du Jazz

La rencontre avec Marc Ducret était très attendue, car la contrebassiste et lui sont deux 'monstres sacrés' de l'improvisation. Elle comme lui paraissent sans limite(s), qu'il s'agisse de maîtriser l'instrument comme s'il était le prolongement du corps, ou d'imaginer un chemin musical qui associe le corps et la pensée, en fait indissociables, dans un même geste. Cela s'est passé en public au 19 Paul Fort, numéro 19 de la rue du même nom (Paris 14e), domicile d'Hélène Aziza, mais aussi galerie, lieu de concerts et de rencontres d'artistes de toutes disciplines. Un endroit qui manifestement donne sens à l'expression 'magie du lieu', si l'on en juge par les témoignages des artistes, comme du public venu à leur rencontre. La liberté de création semble ici chez elle, et ce disque en témoigne éloquemment. La contrebassiste et le guitariste commencent à tour de rôle chacune des quatre séquences improvisées. Joëlle Léandre ouvre la première plage d'un bruissement d'harmoniques aiguës qui bientôt dans leur sillage entraîneront un dialogue ouvert avec la guitare, cordes étouffées d'abord, puis en résonance, avant qu'une cavalcade cursive n'entraîne les deux comparses dans une spirale de vertiges successifs, lesquels vont se résoudre, comme dans toute improvisation aboutie, en une sorte de conclusion naturellement organique, parce que le son et sa dynamique ont toujours un ultime rendez vous avec le silence. Pour la séquence suivante c'est la guitare qui ouvre l'espace de l'improvisation par des notes tenues dont l'attaque est d'abord esquivée, matériau diaphane bientôt rejoint, et presque contredit, par une contrebasse qui affirme la densité de la matière sonore. Et le dialogue continue. Sans chercher à décrire l'indescriptible, ou à narrer l'irracontable, on peut simplement dire que le duo, jusque dans d'âpres débats, est fécond, très fécond, car les deux protagonistes se parlent, et nous parlent : il suffit de s'abandonner à l'écoute pour que la magie opère.... Un poème d'Edgar Poe, Stances à Hélène, traduit par Mallarmé, constitue le seul commentaire du livret de ce cd, et résume peut-être l'absolue singularité de ce lieu, comme de la musique qui s'y joue, s'y crée, et s'en échappe, par l'heureux artifice de cette bienvenue reproduction mécanique qui fit naguère méditer Walter Benjamin, et qui pour moi, l'écoutant à l'instant, restitue sans faillir l'aura de cette musique et de son art.

 

 


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